Expositions
Depuis 1999 l'Hôtel des Arts s'intéresse à la période couvrant la deuxième moitié du XXe siècle à nos jours, dans les domaines de la peinture, de la sculpture, de la photographie, des installations, de l'art vidéo...
Gabriele BASILICO
Du 25 mai au 30 juin 2013
Après avoir présenté en 2012 une rétrospective du grand photographe américain, Joël Meyerowitz, l’Hôtel des Arts présentera cette année une exposition de Gabriele Basilico.
Pendant la préparation de cette exposition, nous avons eu la tristesse d’apprendre la disparition de cette grande figure de la photographie italienne.
En accord avec ses proches, nous avons décidé de maintenir cette exposition programmée depuis près d’un an et Photomed a souhaité lui rendre hommage en lui dédiant cette édition du festival. L’Hôtel des Arts s’associe pleinement à cet
hommage.
«C’était un architecte de formation qui est devenu un architecte de la lumière. Il possédait la rigueur de l’école allemande, celle des Becher, et la poésie de son
pays, l’Italie», a souligné Jean-Luc Monterosso, directeur de la Maison européenne de la photographie et directeur artistique du festival.
Gabriele Basilico, né à Milan en 1944, est l'un des photographes “documentaristes” les plus connus pour son travail sur la ville et le paysage industriel. Architecte de formation, il travaille comme photographe d’architecture
pour l’édition, l’industrie et les institutions publiques et privées, et en 1983, il présente à Milan sa première exposition importante, "Milano, ritratti di fabbriche."
En 1984 et 1985, Il participe à la mission photographique de la D.A.T.A.R., initiée par le gouvernement français, pour documenter la transformation du paysage national contemporain. Il est ensuite successivement invité à participer à de nombreux projets analogues dans différents pays d’Europe: Italie, France, Allemagne, Suisse, Espagne, Portugal, Hollande, Autriche...
En 1991 il réalisera un travail remarquable et remarqué sur Beyrouth dévastée par la guerre qui fait encore référence aujourd’hui.
En 1996, le jury international de la Biennale d’Architecture de Venise, lui attribue le 1er prix pour la photographie d’architecture contemporaine.
Pendant près de quarante ans, Gabriele Basilico va arpenter les villes du monde entier, souvent sur la base de commandes, cherchant à chaque fois un point de vue particulier qui permette de donner les clés de l'organisation spatiale locale – au ras du sol, perché sur une colline, en haut d'un immeuble...
Son travail le conduira à documenter un très grand nombre de lieux dans le monde, de Moscou à San Francisco, de Berlin à Rio de Janeiro ainsi que tout autour de la Méditerranée.
De continent en continent, de pays en pays, Gabriele Basilico a fait le tableau des mégapoles modernes, qui, malgré leurs nuances, finissent par toutes se ressembler. "Les architectes et les décideurs sont incapables de gérer le développement urbain. De ville en ville, je constate l'ampleur du désastre. Les oeuvres des grands architectes, bonnes ou mauvaises, sont le résultat d'une défaite, celle de faire de la ville une utopie de vie collective. Elles sont la preuve que personne ne pense l'urbanisme dans son ensemble. On perd le sens de l'histoire commune."
En 2011, il commence une grande recherche sur l'aire rchéologique de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, sujet de l'exposition "Provincia Antiqua" pour les XXXIIIe Rencontres Internationales de la Photographie d'Arles. On ne saurait nommer toutes les grandes expositions qui lui ont été consacrées et ce sont plus de 80 livres qu’il a réalisés au cours de son immense carrière. Il sera de tous les évènements photographiques et sera accueilli dans toutes les institutions qui traitent d’architecture ou d’urbanisme.
Célèbre pour sa photographie en noir et blanc, il a aussi photographié en couleur et notamment on découvrira à l’Hôtel des Arts son travail tout en nuances au fil du
Tibre à Rome.
Il se définissait comme « photographe d’architecture ». Pourtant, même s’il réalisa
des commandes, il garda toujours un regard exigeant et critique sur celle-ci. Les architectes lui ont d’ailleurs parfois reproché de ne pas être au service de leur
création. De fait, il pose à sa manière la question de la position du photographe documentaire : certes, il doit rendre compte, mais selon quels critères ? Ceux du
donneur d’ordre, dont la subjectivité est évidente et avérée? Ou ceux de sa propre interprétation d’auteur qui se nourrit de son expérience et de la distance naturelle
propre à l’observateur ?
Le photographe, comme l’architecte, est un créateur dépendant de paramètres techniques : construire une photographie ou construire un bâtiment implique de
se plier à des règles déterminantes voire contraignantes pour la portée du geste créatif lui-même.
Ces questions l’entraînaient, avec cette profondeur de réflexion et cette élégance qui le caractérisaient, dans des débats sans fin avec tous ceux dont il pouvait
apprendre ou qu’il pouvait convaincre. C’était un travailleur infatigable, un photographe boulimique qui se mesurait aux espaces et aux lieux, et qui savait,
avec une rigueur similaire à celle des Becher, leur donner vie dans ses photographies. S’il n’y a pas toujours de personnages dans ses images, celles-ci n’auraient pas de sens sans que le spectateur en distingue la présence
subliminale.
Profondément méditerranéen, il aimait les rivages et les ports : lorsque nous l’avons rencontré à l’automne 2012, connaissant Toulon, sa rade et son port, il nous proposa une approche nouvelle de son travail qui soit en accord avec le lieu, l’Hôtel des Arts, la ville, Toulon, et le concept du festival Photomed. Il choisit donc neuf villes méditerranéennes dans lesquelles il a réalisé, à différentes étapes de sa vie, des relevés photographiques à la fois précis et poétiques : Barcelone, Beyrouth, Gênes, Istanbul, Monte-Carlo/Monaco, Naples, Palerme, Rome et
Valence.
On retrouvera dans ses images, en grand et moyen format, ce qui fait la spécificité de ce grand photographe italien : les villes et leurs immeubles aux heures où les rues se vident, mais aussi des zones périurbaines économiques et industrielles souvent abandonnées. Le tout traité dans un style d’une apparente neutralité.
Photographe «critique» Gabriele Basilico démontre de manière subtile que, malgré les efforts des urbanistes, la ville reste le foyer d’un désordre imprévisible : celui
même de la vie et de l’activité humaine.
« Les monuments m'embarrassent. Je n'ai pas d'amitié pour les châteaux. » Gabriele Basilico
Philippe Serenon, Commissaire associé de l’exposition Gabriele Basilico